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Surdité soudaine
LA LANGUE DES SIGNES : QUAND LE CORPS S’EXPRIME
juin 21, 2021

L’histoire de la langue des signes française (LSF) est complexe et a connu une longue évolution, faisant peser sur la communauté sourde de lourdes conséquences. Retraçons aujourd’hui cette histoire qui mérite d’être racontée afin de mieux comprendre les enjeux de cette langue particulière qui permet aux personnes sourdes ou malentendantes de communiquer et d’être en lien avec le monde.

A travers le monde, on compte 130 langues des signes. Plus de 70 millions de personnes parlent une langue signée dont 100 000 en France 2014. Vous ne le savez peut-être pas, mais les sourds doivent eux aussi apprendre cette langue, au risque de ne pas forcément se comprendre – avec, comme le dit l’expression, l’impression de « parler chinois »…

Si aujourd’hui l’accès à l’apprentissage de la langue des signes est facilement accessible, c’est loin d’avoir toujours été le cas. Jusqu’au XVIII ème siècle, les sourds étaient considérés comme des personnes retardés voire séniles, faute de connaissances à propos de la surdité. Ils étaient souvent exclues de la société. Platon et Aristote allaient même jusqu’à penser que raisonner leur était impossible…

Heureusement, en 1760 l’abbé de l’Épée constate que des jumelles atteintes de surdité avaient développé un système de gestuels pour communiquer. Il crée alors la première école destinée à un apprentissage scolaire en langue des signes : l’Institut national des jeunes sourds, à Paris (actuel Institut Saint-Jacques). Les sourds peuvent ainsi s’ouvrir à l’éducation, à une langue signée et un français écrit, ce qui facilitera leur insertion au sein de la société.

Mais c’était sans compter sur un événement qui mit un coup de frein à cette évolution déjà bien tardive : le congrès de Milan en 1880, au cours duquel est voté l’abandon de la langue des signes dans l’enseignement. L’interdiction dure « quelques » 100 ans ! Le prétexte  est religieux : la voix a été donnée par dieu comme moyen de communication, aussi l’oralisme est-il en quelque sorte « indispensable » pour ses créatures… Y compris les sourds, qui ne peuvent cependant pas avoir un oralisme ordinaire, puisqu’ils n’entendent pas leur propre voix. La réalité est sacrifiée à un idéal de perfection, laquelle serait à rechercher afin de se rapprocher de la volonté de dieu que pourtant, tout homme ignore…

Les sourds durent ainsi se cacher durant un siècle pour éviter toutes représailles. Il faudra attendre les années 1970 pour vivre le « réveil sourd », qui viendra de l’autre côté de l’Atlantique. Tout d’abord, les sourds prennent conscience d’eux-mêmes en tant que communauté. Des congrès ont lieu afin de réhabiliter la langue des signes ; en 1973 est créée l’Union Nationale pour l’Intégration Sociale des Déficients Auditifs (UNISDA).

 

En France, ce n’est qu’en 1991 que la langue des signes sera officiellement reconnue (l’interdiction n’ayant pas été levée depuis 1880) bien que des écoles se soient déjà développées. C’est seulement en 2005 que la langue des signes est reconnue comme langue à part entière et que l’accès à l’emploi est facilité.

La surdité est aujourd’hui mieux acceptée et la situation de la communauté sourde s’est en quelque sorte démocratisée (souvenez-vous du film La famille Bélier). La langue des signes intrigue, séduit. Il existe des classes avec l’option LSF et elle est même devenue une option à l’épreuve du baccalauréat !

Mais pour un élève sourd ou malentendant, il reste malheureusement plus aisé de suivre une scolarité encadrée en centre spécialisé, tel que le CIVAL Lestrade (Centre Interdépartemental de la Vision, de l’Audition et du Langage) qui fait partie de l’ASEI (Agir Soigner Eduquer Insérer) à Ramonville-Saint-Agne, association fondée en 1950 et qui accompagne les 0-20 ans durant toute la scolarité, jusqu’à l’insertion professionnelle.

Un long chemin a été parcouru. Cependant il reste des progrès à faire pour qu’ une insertion totale des personnes privées d’audition soit possible. L’augmentation du nombre de personnes sachant signer, par exemple, faciliterait les échanges entre entendants et non-entendants… Pourquoi pas vous ?